Il y a quelques jours, David Louapre, de la chaîne YouTube Science étonnante, a publié une vidéo sur la méthode électorale majeure de notre Ve République, l’élection présidentielle. Avant de lire cet article, je vous invite à regarder cette vidéo, excellente au demeurant.

La question qu’il pose est la suivante : considérant le fait que le candidat élu n’est pas nécessairement le favori a priori, existe-t-il de meilleures méthodes de sélection du Président de la République ? Dans cet article (qui va être relativement court), je ne vais pas m’étendre sur les différentes méthodes possibles, elles sont parfaitement détaillées dans la vidéo susmentionnée. Je vais plutôt tenter d’apporter quelques compléments dont, vous allez le voir, la plupart ne relèvent pas du tout des mathématiques ou de la science employées.

En tout premier lieu, David nous rappelle que la France est une démocratie; ce n’est pas le cas. Dans le cas de la vidéo en question et de l’élection présidentielle en particulier, cela ne change rien, cette élection étant au suffrage universel direct, mais ça me donne l’occasion de spécifier un truc alors qu’on entend trop souvent dire « on vit en démocratie », notamment lorsqu’on n’aime pas particulièrement ce qui se passe à l’Assemblée Nationale. Non, nous ne vivons pas dans une démocratie, mais dans une république démocratique. La subtilité est la suivante : dans une démocratie, le peuple prend les décisions, dans une république démocratique, le peuple mandate des gens pour prendre les décisions (les députés).Contrairement aux États-Unis, nous n’avons pas spécialement l’habitude en France d’écrire à nos députés, on se contente de les élire aux élections législatives. C’est clairement un manquement de notre part, car il faut bien rappeler qu’une fois élus, nos députés nous représentent, et nous leur donnons un mandat pour prendre les décisions à notre place. Bien sûr, nous savons leur exprimer notre mécontentement, lorsqu’il est général — ex. loi du travail — mais nous nous contentons un peu trop souvent de les laisser faire la plupart du temps sans trop nous préoccuper de ce qu’ils font, nous réservant simplement le droit de râler de temps en temps qu’ils ne servent qu’à eux-mêmes — ce qui n’est pas totalement faux. Sachez que votre député est tenu de vous recevoir si vous le lui demandez et qu’il vous est possible — surtout si vous êtes regroupé en association avec beaucoup de monde — de lui donner des directives, des souhaits, etc., la limite étant bien sûr d’un côté qu’il pourra décider de n’en faire qu’à sa tête, mais également d’un autre côté que vous pourrez décider d’aller voter ailleurs lors de la prochaine élection. Aux États-Unis, c’est un système redoutablement efficace : les associations de parents d’élèves, de femmes, de minorités ethniques ou religieuses, les lobbys, etc. (pour les lobbys, la pression est presque exclusivement financière, c’est un autre problème).

Concernant la méthode du vote alternatif, David précise bien qu’il s’agit d’une méthode complexe pour l’électeur — tentez de classer tous les candidats de l’élection 2012 par ordre de préférence de façon simple, je vous regarde — mais c’est surtout, selon moi, une méthode complexe pour le dépouillement. Pour avoir participé à plusieurs dépouillements électoraux — allez-y au moins une fois dans vos vies, quelle que soit l’élection, c’est un grand moment de démocratie ou de solitude — comptabiliser un seul bulletin est une tannée. Plusieurs bulletins sans ordre particulier de préférence, comme dans le cas du vote d’approbation ? C’est encore jouable. Mais un classement, avec des points — méthode eurovision — ou sans points — où on élimine un candidat à chaque « tour virtuel » — c’est tout bonnement impossible manuellement. Il faudrait pour cela introduire un vote électronique, avec tout ce que cela implique de risque en terme de manipulations possibles. C’est une méthode possible, mais il faudra confier le déroulement technique de l’opération à des tiers neutres — bon courage — et extrêmement compétents. Mais sur le principe, oui, c’est déjà nettement mieux.

Concernant le paradoxe de Condorcet, je pense que c’est un cas quasiment impossible dans la réalité, et ce n’est sans doute pas un hasard si l’illustration proposée n’envisage plus des candidats réels mais des candidats A, B et C. L’idée de ce paradoxe est de dire, pour faire simple, que A battrait B, B battrait C et C battrait A, provoquant un choix cyclique dans lequel aucun candidat ne pourrait se démarquer. Le problème, c’est que dans la réalité, les candidats ne sont pas simplement des A, B  et C mais des personnes physiques marquées politiquement. Disons simplement qu’elles sont situées sur le spectre politique quelque part entre l’extrême droite et l’extrême gauche. Disons :

  • A est à droite;
  • B est au centre;
  • C est à gauche.

On voit bien, effectivement, qu’on peut avoir : A > B > C pour un électeur de droite ou d’extrême droite.

On peut aussi imaginer, pour un électeur de centre : B > C > A.

Pour se retrouver dans le cas du paradoxe, il faut alors que l’électeur de gauche préfère le candidat de droite à celui du centre : C > A > B. Dans la réalité des cas, on aura plutôt : C > B > A.

C’est d’ailleurs ce qui explique pour quelle raison François Bayrou était donné gagnant  dans tous les duels de 2007; d’une certaine manière, c’était le candidat « acceptable » pour un maximum de gens dès lors que leur candidat ne passerait pas.

On peut considérer, mathématiquement, qu’il serait logique qu’un tel candidat puisse être élu, mais une élection, qui plus est présidentielle, n’est pas un choix tiède : un électeur de droite serait prêt à voter pour un candidat du centre partant du principe qu’il ne serait pas « trop à gauche » et, de la même manière, un électeur de gauche serait prêt à voter pour un candidat du centre partant du principe qu’il ne serait pas « trop à droite ». Le risque général étant qu’on se retrouve avec un candidat qui, du coup, ne ferait sans doute pas grand chose — sans compter que le congrès : Assemblée Nationale + Sénat, persisterait, quant à lui, à contenir des clivages politiques plus ou moins forts, éventuellement avec une majorité marquée à droite ou à gauche.

(d’ailleurs, petite parenthèse, l’analogie avec le sport, si elle permet de comprendre de quelle manière les petits candidats empêchent le passage de plus gros candidats, a une limite : en effet, les petits candidats à l’élection présidentielle ne sont pas là pour empêcher de plus gros candidats de passer, mais sont là, souvent, pour proposer une alternative aux choix classiques et institutionnalisés par les partis politiques; le cynisme politique nous pousse effectivement à nous dire que ces candidats n’ont aucune chance et qu’il faut « voter utile », cependant la morale politique devrait plutôt nous pousser à voter pour le candidat dont le programme nous ressemble le plus, idéologiquement…mais je n’espère pas résoudre la question du cynisme politique ici)

Tout ça pour dire la chose suivante : certes, la méthode actuelle n’est pas idéale, et il n’existe sans doute aucune méthode idéale, ne serait-ce que pour une raison simple, si le candidat élu n’est pas le candidat de mon choix à moi, je ne serai de toute façon pas content. Mais l’élection démocratique repose sur autre chose qu’il est extrêmement délicat d’appliquer correctement, à savoir le fait de réellement reconnaître le résultat d’un choix électoral. Lorsqu’un candidat est élu, qu’il soit de gauche ou de droite, il reçoit un mandat du peuple pour appliquer son programme. Dans la réalité, ce qui se produit les cinq années suivantes dépasse largement le cadre de son programme, parce que nous vivons dans le Monde, et que celui-ci évolue continuellement. Cependant, il n’est pas rare de voir une partie du peuple rejeter les éléments d’un programme pourtant élu simplement parce que nous n’avons pas, nous, perso, voté pour ce programme. La réalité du problème démocratique, c’est que nous sommes humains, imparfaits, plein de convictions. C’est pour ces raisons qu’il existe une séparation des pouvoirs — exécutif, législatif et judiciaire — et des contre-pouvoirs. Une méthode possible pour ajuster le système à cela est de reposer sur un pouvoir plus parlementaire que présidentiel, le parlement étant plus représentatif des choix du peuple que son simple Président.

Vous noterez que, dans cet article, je ne parle pas du tout — parce qu’il n’en est pas fait mention dans la vidéo de David — du vote blanc, du vote nul, de la notion de votes exprimés et de l’obligation ou non d’aller voter; c’est totalement logique de la part de David de n’avoir pas abordé ces sujets qui, dans le cadre de sa vidéo, sont totalement hors-sujet, et vu la complexité de la chose j’en profite pour faire la pirouette consistant à dire que s’il n’en parle pas, je n’en parle pas non plus, et ouf je n’ai pas ça à gérer en plus 🙂

Enfin, pour aller plus loin sur les systèmes électoraux, pour les anglophones d’entre vous, je vous invite à voir les excellentes vidéos de CGP Grey sur le sujet.

la bise.

b.

16 comments

  • Merci d’avoir relayé et complété !
    Sur le terme de démocratie s’agissant de la France, il me semble que ce que le terme est « démocratie représentative » (par « opposition » à la démocratie directe). Donc il me semble que de fait dire « démocratie » pour la France est correct (puisqu’en particulier « représentative »).
    Par contre là où je dis une bêtise, c’est justement quand je dis « implique », puisque justement en démocratie directe, ça n’implique pas de choisir des représentants.
    David

    • « Article premier de la constitution française : La France est une République indivisible, laïque,
      démocratique et sociale. »
      Sans doute que « démocratie représentative » est une autre façon de parler de république démocratique 🙂
      Cela dit, encore une fois, l’élection présidentielle étant universelle et directe, cela ne change rien pour ce sujet.

      • Je ne sais pas si c’est la même chose exactement, mais je pense qu’au moins les deux sont corrects 🙂
        J’avais compris qu’on a
        * démocratie représentative : le peuple élit ses représentants (https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie_repr%C3%A9sentative)
        * démocratie directe : tout le monde vote sur toutes les décisions (https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie_directe), ce qui n’a été fait que pour la démocratie athénienne (avec les bémols qu’on connait sur la composition du corps électoral)
        En tout cas encore merci de continuer à faire vivre ce débat !

        • Chic, de la science politique.
          « Démocratie représentative » veut dire en effet le peuple est souverain et désigne périodiquement ses représentants qui exercent le pouvoir en leur nom.
          « République démocratique » est un terme ambigu à cause du précédent des démocraties populaires qui n’étaient ni l’une ni l’autre. République : le chef de l’État est un des citoyens nommé à ce poste. Démocratique : le peuple est souverain et désigne ledit chef de l’État. Attention, ce n’est nullement une garantie de quoi que ce soit : aucun despote n’a jamais eu peur d’organiser une élection pour se faire triomphalement désigner par le peuple. Pour que le terme démocratique ne soit pas galvaudé, le fait que le peuple soit souverain n’est pas suffisant (en Chine aussi, le peuple est le souverain). Il faut que ce soit une démocratie libérale, qui n’est pas un gros mot. Une démocratie libérale implique qu’il existe une opposition libre et une alternance pacifique, c’est à dire qu’au moins deux forces concurrentes exercent à tour de rôle le pouvoir en reconnaissant la légitimité de l’autre sans pour autant perdre le droit de la critiquer. Cela implique aussi la protection des minoritaires, la démocratie n’étant pas la dictature de la majorité.
          L’élection n’est pas un élément nécessaire de la démocratie. C’est le moyen le plus sûr de connaître l’opinion de la majorité, et d’établir une légitimité au dépositaire du pouvoir. D’autres modes de désignations démocratiques sont : le tirage au sort et le concours. La France utilise les trois modes : les députés sont élus, les jurés tirés au sort, et les juges nommés par concours.

  • Coucou
    Si je peux ajouter que en fait il faudrait instituer un pourcentage obligatoire de participation au vote à partir duquel on considérera le vote acquis du moins la victoire d’un candidat. C quand même relou de voir que des personnes sont élus avec presque 70% d’abstention et/ou avec des bulletins nuls ou non exprimés.
    Voilà.. en tout cas c’est de plus en jus chouette. Les « cross-over » inter tubeurs. Enfin je sais pas comment ça s’appelle.
    Merci 🙂

    • C’est mignon de demander un taux de participation minimum, mais on fait quoi quant il n’est pas acquis ?
      On refait des élections ?
      Ok mais entre temps, qui gouverne ? On ne peut raisonnablement laisser purement et simplement vacant le poste de Président ou celui de député ; il faut a minima appliquer les lois existantes, voter un budget similaire… Du coup l’abstention revient purement et simplement à laisser le pouvoir déjà en place en place, même pour un laps de temps plus court.
      Un tel système est tout à fait rationnellement envisageable pour une consultation décisionnaire comme le référendum, pas pour une élection de désignation, parce qu’intrinsèquement c’est un risque d’immobilisme et de blocage.
      Accessoirement, et si les chiffres de wikipédia son corrects, on n’a jamais eu 70% d’abstention. Le max a été de 69% pour le référendum constitutionnel de 2000 qui transformait le septennat en quinquennat, réforme d’un grosse importance politique mais qui ne connaissait pas de réelle opposition : tout le monde s’en foutait ou était pour (73% de oui). Je n’ai pas les chiffres pour ajouter et évaluer ce que ça fait en prenant en compte les votes blancs. Qu’importe, le constat est le même : instaurer un plancher qui aurait déjà été franchi/serait facilement franchissable n’aurait pas pour conséquence de faire voter plus les gens, et entrainerait un immobilisme conservateur. On se retrouverait dans la situation paradoxale ou le partie au pouvoir, malgré une défaite… resterait au pouvoir parce que le nombre de votants était insuffisant…

    • il existe un pourcentage minimum en-deçà duquel l’élection n’est pas valide et doit être ré-exécutée; ce quorum est à 5% des inscrits. C’est peu, certes, mais il existe.

      • J’avoue n’être pas spécialiste de droit électoral, mais je serais preneur d’une source pour cette affirmation. Je ne trouve strictement rien pour aucune élection dans les différents textes…

  • Tiens sur Condorcet, tu as raison de dire que ça n’est pas hyper réaliste, et je m’étais dis la même chose. Mais en te lisant je me dis que pourquoi pas en passant en dimension supérieure 🙂

    A = un candidat de gauche classique, avec des positions économiques plutôt dirigistes mais des positions sociétales libérales.
    B = un candidat de droite classique, avec des positions économiques libérales, mais des positions sociétales conservatrices
    C = un candidat d’extrême droite populiste, économiquement dirigiste et sociétalement conservateur.

    L’électorat de gauche cherchera à éviter l’extrême droite donc
    A > B > C
    L’électorat de droite votera sur les questions sociétales/identitaires donc
    B > C > A
    L’électorat d’extrême droite vote sur des questions de protectionnisme économique
    C > A > B

    Bon voilà, je tire un peu par les cheveux, mais en raisonnement sur deux axes idéologiques, ça ouvre des portes !

  • J’ai particulièrement apprécié la vidéo de David sur ce sujet que j’avais vu aborder, mais de façon moins fouillée, sur la chaîne Science4All. Et cet article de Bruce, vient compléter la réflexion. Et pour le coup, sur l’article je ne suis pas d’accord avec 2 points, ce qui est très intéressant (c’est dans le débat et l’échange que la pensée se construit) :
    – on peut tout à fait dire que la France est une démocratie, parce que la démocratie est un concept qui, pour prendre corps dans la réalité, se décline selon plusieurs modalités possibles. La France est en effet une république démocratique avec un régime présidentiel très marqué ; la Grande Bretagne est une monarchie tout aussi démocratique.
    – la question des votes blancs me semble être réglée tout simplement par le rejet d’un ou plusieurs candidats, voire tous, avec les mentions choisies par les électeurs. Et la possibilité d’un rejet massif de tous les candidats qui aurait pour conséquence l’organisation de nouvelles élections avec de nouveaux candidats est une prise en compte directe et concrète du vote blanc.

    A côté de ça, j’apprécie réellement de voir ces sujets abordés et diffusés. Ca donne de l’espoir. D’autant que le système de jugement majoritaire peut redonner aux citoyens le pouvoir de réellement s’exprimer et, peut-être, soyons follement idéalistes, de renverser la courbe de l’abstention, à défaut de celle du chômage.

    Bonne continuation à Bruce et David

    • Petite remarque sur votre dernier paragraphe : m’est avis que l’institution du jugement majoritaire ne pourrait suffire à impliquer davantage les citoyens, mais elle peut y aider.
      En fait, en terme de changements institutionnels, il faudrait, comme le sous-entend Bruce, donner plus de voix aux citoyens (ou, soyons cyniques, leur en donner au moins l’impression ^^ ) : si l’institution du jugement majoritaire peut y participer, une petite révolution parlementaire, l’ouverture du référendum sous la demande publique et quelques autres actions du même type pourraient compléter le tableau.

  • Je me permet un commentaire général, non pas sur le scrutin présidentiel et sur les modes de scrutin, ni même sur ce que pourrait bien vouloir dire « démocratie » (tout le monde semble partir du principe que le même sens est attribué au mot quand il est employé, ce qui n’est pas du tout le cas), mais sur l’idée d’un plus fort pouvoir du Parlement.
    Nos facultés de Droit, si elles ont un enseignement souvent plus « politique » que juridique (en ce qu’elle donnent une image plutôt positive des systèmes juridiques et constitutionnels), ont en droit constitutionnel l’insigne mérite de faire de l’histoire constitutionnelle, et c’est là que je veux en venir. (Re) donner du pouvoir au Parlement, en voilà une idée qu’elle est bonne !
    D’abord regardons notre droit positif : le Parlement a énormément de pouvoir, qu’il n’utilise pas pour des raisons socio-politiques (j’y reviendrai). Mais sur le plan du droit, il a conjointement l’initiative des lois avec le Gouvernement, il peut renverser le gouvernement (c’est arrivé une fois sous la V° République en 1962), et il contrôle l’action du Gouvernement et a minima du Président. Évidemment, il est, globalement, le seul à pouvoir voter la loi (globalement car il peut déléguer au Gouvernement en suivant la procédure des ordonnances prévue à l’article 38 de la Constitution, mais qu’importe), dans le respect de la Constitution et notamment, depuis 1971, de la Déclaration des droits de l’Homme, du préambule de la Constitution de 1946 qui inclut des droits sociaux, et de la Charte de l’environnement ajoutée en 2005.
    Le Parlement a aussi, par principe, la maîtrise du calendrier parlementaire et de l’ordre du jour, avec une particularité pour les lois de finances et la possibilité d’étudier une loi en urgence où c’est la le gouvernement qui reprend d’une certaine façon la main.
    Les pouvoirs de contrôle sont en réalité extrêmement étendus. C’est le Parlement qui peut destituer le Président de la République. C’est le Parlement qui peut renverser le Gouvernement, de sa propre initiative ou en réponse à l’usage du « 49-3 » (qui est en réalité l’article 49 ALINÉA 3 mais n’en demandons pas trop à la presse). Il a en outre un pouvoir de contrôle et d’évaluation de la mise en œuvre des lois et des politiques publiques, à travers les commissions parlementaires (et globalement chaque parlementaire est membre d’une commission). C’est dans ces commissions que se fait sinon la majorité, au moins une grande partie du travail parlementaire.
    Bref le Parlement a énormément de pouvoirs… qu’il n’utilise pas au maximum de ses capacités. Pourquoi ? A cause du phénomène « récent » de bipolarisation partisane de la vie politique, qui date des années 60/70. Les parlementaires de la majorité (qui par définition forment au moins un majorité relative) n’usent que faiblement de leurs pouvoirs pour aller à l’encontre du gouvernement. De peur de se retrouver exclus du parti, et donc de perdre leurs investitures pour de futurs mandats (NON, le mandat unique non renouvelable n’est pas une bonne solution. Pas assez de place ici pour expliquer pourquoi).

    En admettant que donner plus de pouvoirs au Parlement soit une solution, il n’est donc pas certain que le Parlement en userait… Car ce n’est pas le système juridique qui implique l’effacement du Parlement, mais la bipolarisation de la vie électorale (et même si le FN faisait 20%, cela ne changerait globalement rien, il faudrait au moins 5 partis).

    Mais que se passerait-il s’il en usait ? C’est là que l’histoire arrive. Dans les 12 ans qu’à couvert la IVe République, « il y a eu 24 premiers ministres ayant formés 28 gouvernements, soit pour chacun, en moyenne, une durée de 5,3 mois » (wikipédia) [pour les matheux, ça fait pas pile poil 12, parce que ça ne compte pas les transitions entre les gouvernements…]
    Là le Parlement avait le pouvoir. Tout le pouvoir, car le gouvernement n’avait pas l’arme de la dissolution facilement à disposition. Le Constat est le même pour la IIIe République.
    L’exemple montre qu’un parlement fort a toujours conduit a une instabilité ministérielle. Hors temps de crise, cela n’a pas e^pêché la France d’être une puissance coloniale (bon ok on peut pas vraiment en être fiers) et industrielle. Mais en temps de crise… la IIIe a fini avec l’arrivée de Pétain au pouvoir (et un point Godwin, un !), la IV pendant la guerre d’Algérie.

    Donc un Parlement puissant n’entraine pas réellement une meilleur représentativité, mais cause en outre l’instabilité ministérielle (que la puissance soit par ailleurs instaurée par le droit ou pour des raisons politiques). Et l’instabilité ministérielle peut entrainer un blocage politique s’il est trop long (la Belgique et l’Espagne n’en sont pas mortes. Certes. Mais des programmes politiques tournaient quand même derrière, et ces États n’étaient pas engagés militairement dans plusieurs opérations, ni au Conseil de sécurité de l’ONU…)

    En outre, réformer le système actuelle sur le plan juridique ne semble pas être une solution si le problème est réellement politique et social, à cause de la structure même des partis. Car donner du pouvoir au Parlement s’il ne l’utilise pas ne changera pas la donne.

    Cette « crise de la représentativité » semble aussi être culturelle. Hollande était déjà détesté avant même d’entrer en fonction, de même pour Sarkozy. Ne sommes peut-être pas nous même le problème, attendant tout d’un État providence sur le déclin, sans même se demander ce que nous pouvons faire pour lui et les autres ? J’ai l’impression que dans la société de l’information, les gens voudraient consommer les politiques (les hommes politiques, mais aussi les politiques qu’ils mènent) comme des « match » tinder, ou des chaines de télé qu’on zappe en quelques secondes si le contenu ne nous plait pas instantanément.

  • Un mot de vocabulaire juridique : tu emploies le mot Congrès à mauvais escient.

    L’Assemblée nationale et le Sénat forment le Parlement, qui vote les lois après navette, les deux assemblées étant indépendantes l’une de l’autre.
    Le Congrès désigne les deux assemblées siégeant ensemble, dans la salle du Congrès à Versailles.
    Le Congrès se réunissait pour élire le président de la République jusqu’à la réforme de 1962 (donc une fois sous la Ve, mais tous les présidents de la IIIe et de la IVe ont été élus par le Congrès), et se réunit encore pour réviser la Constitution (adopter aux 3/5e une loi constitutionnelle déjà adoptée dans les mêmes termes par les deux assemblées ; simple vote, plus d’amendement possible) et depuis la réforme de 2008, pour entendre le président de la république leur lire un message ne donnant pas lieu à vote, le président de la République étant, par tradition, interdit de pénétrer dans le siège d’une des assemblées (souvenir du coup d’État du premier président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte). C’est arrivé deux fois, le 22 juin 2009 et le 16 novembre 2015.

  • Et quid de la démocratie liquide, qui, si je ne m’abuse, n’est utilisée nul part à grande échelle -difficulté technique de mise en place.

  • J’aime bien cet article en complément de la vidéo qui m’a fait bien réfléchir pour m’apercevoir que je ne suis pas d’accord sur plein de points 🙂
    Tout d’abord les candidats du centre apprécieront d’être considérés comme tièdes 🙂 quant à l’assemblée nationale elle pourrait aussi faire les frais d’une réforme de l’élection de ses députés, peut-être qu’une proportionnelle toute bête pourrait faire l’affaire. Le vote blanc n’existerait plus dans un système à jugement majoritaire, puisqu’il correspond à un vote où tous les candidats sont rejetés.
    Je trouve étrange de parler de morale politique, on vote dans le but d’obtenir le meilleur représentant possible, ainsi si l’élection d’un petit candidat parait impossible, je ne trouve pas forcément immoral de choisir le meilleur parmi les candidats possibles. Et le cynisme n’est pas, pour moi, dans le fait de pousser au vote utile, mais de considérer le résultat du vote utile comme représentatif après coup. C’est vraiment à ce niveau là que le jugement majoritaire fait rêver, car il permettrait une représentation précise de la répartition des tendances politiques dans la population. Sans compter que l’évaluation de la « possibilité » est essentiellement la responsabilité des instituts de sondage, et qu’ils ne sont pas forcément neutres (mais sont-ils contre la morale ?). Avec un jugement majoritaire leurs résultats auraient beaucoup moins d’impact.
    Un système avec un parlement plus fort pourrait avoir le problème de la « tiédeur » critiquée auparavant. À ce propos, on nous racontait en cours d’histoire (donc argument à prendre avec des pincettes, ce n’était pas spécialement mon fort et mes souvenirs sont peut-être foireux) que c’était un des problèmes qui avaient amené à la chute de la IVe en ne sachant pas donner un cap clair en situation de crise.
    Enfin le jugement majoritaire, qui décidément me plaît beaucoup, ne choisit pas un seul candidat, il donne des préférences et je serais curieux de voir l’impact psychologique que ça peut avoir. N’accepterait-on pas plus facilement un élu qu’on a défini comme « bon » même si ce n’était pas notre préféré plutôt qu’un élu qu’on a pas choisi du tout mais quand même proche de nos convictions ?
    En tout cas un grand merci au créateur de la vidéo et à tous ceux qui la diffuse. Les critiqueurs du système sont nombreux, mais trop rares sont ceux qui proposent des améliorations et ça ça fait du bien.

  • Je vous invite à aller jeter un oeil, mais surtout une oreille attentive à la très bonne chaîne YouTube: les statistiques expliquées à mon chat, en particulier l’épisode consacré aux systèmes électoraux.
    La démonstration par l’exemple est toujours aussi efficace et pas seulement pour Albert (le chat).